• Une relique de la Passion : la Sainte Coiffe de Cahors



    http://saint-sepulcre-toulouse.eklablog.com/nuemro-13-octobre-novembre-decembre-2014-a113904060

     

    Des reliques en général 

     

    Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'époque ne leur est pas favorable, même dans l’Église, où le prédicateur, et plus encore le théologien qui prononce ce mot perd instantanément toute crédibilité... 

     

    «Leur origine douteuse... La morbidité de ces débris humains ou de ces menus objets porteurs de diverses souillures... Leur commerce lucratif... L’obscurantisme d'un temps heureusement révolu, où l’Église ne reculait pas devant les plus grossières manipulations pour assurer son emprise sur les masses incultes... ». Voilà ce que la modernité nous souffle à l'oreille. 

     

    Cela n'est pas nouveau. Simplement, nous sommes parvenus au bout du processus, jusqu'à un assèchement presque complet des coeurs et des esprits, ce qui est gravissime. Il y d'abord eu le XVIIIème siècle, celui de toutes les subversions, et qui s’est  autoproclamé  « Siècle des Lumières ». Puis le très scientiste XIXème, où les disciplines mathématiques et techniques ont été érigées en idole absolue. Enfin le XXème, terrain de jeu de toutes les idéologies, l'«ère du soupçon », comme on l'a appelé, dont l'esprit a déjà contaminé ce nouveau millénaire. Le «soupçon », plus ou moins narquois et potache à la manière de Mai 1968, a dangereusement muté en une irrationalité de combat. Celle du Da Vinci Code, toutes ces croyances esotérico-templaro-complotistes qui, à force de mauvais livres et de mauvais films, sont devenues le fond de la culture contemporaine. Et les jeux vidéos, si fortement imprégnés de cet imaginaire, et qui sont en train de façonner en profondeur la mentalité et le comportement des jeunes, condamnés à devenir adultes sans que rien ni personne ait été là pour corriger leurs idées fausses. Si l'on y songe, la question des reliques concentre bien des griefs du procès fait aujourd'hui à l’Église, dans le contexte de cette grave crise de la transmission qui affecte toute la société. 

     

    Essayons pourtant de renouer les fils rompus (c'est de tout temps la mission spirituelle et humaniste de l'Eglise!), et de sortir par le haut de cette impasse en réfléchissant sereinement! En posant d'emblée que, même dépourvus d'internet, les gens d'autrefois étaient entièrement faits comme nous, avec la même humanité, les mêmes capacités intellectuelles, qu'ils ne voulaient pas plus que nous êtres dupes d'une manipulation, et qu'ils étaient aussi capables que nous de sentir et de combattre le mensonge et la contrainte. Je pense même qu’étant, beaucoup plus que nous aujourd'hui, proches et respectueux de la nature et de la vie, leur intelligence pratique et leur réalisme étaient bien supérieurs aux nôtres. 

     

    En ce temps-là, et naguère encore, les reliques étaient un aspect très important, voire indispensable, de la foi et de l'évangélisation. Elles étaient, et demeurent, la manifestation d'une tendance émouvante, aussi vieille que l'homme, qui consiste à vouloir toucher, posséder un objet qui se rapporte à une personne aimée pour conforter les sentiments et le souvenir. Qui n'a pas dans son armoire la boucle de cheveux blonds d'un bébé, une dent de lait, un vieux bijou cabossé sans aucune autre valeur que sentimentale, une photo jaunie et rafistolée par de vieux rubans adhésifs ? Les reliques nous parlent d'un temps où les lieux-saints, Rome, Jérusalem, Lourdes même! n'étaient pas tellement accessibles, et où le besoin de voir et de toucher était pourtant aussi fort qu'aujourd'hui. A défaut d'aller à Rome sur les tombes des martyrs, à Jérusalem pour voir le Golgotha, il fallait donc absolument que les corps des saints et les souvenirs de la Passion puissent en quelque sorte venir à nous. D'où ces fragments d'os, objets personnels, linges ayant touché des restes sacrés... Et en ces temps héroïques où la violence était générale et où l'on mourait jeune, la foi elle-même était dans la démesure ; elle ne craignait pas de s'exprimer publiquement, chaleureusement, voire excessivement! C'est vrai qu'on s'est battu pour des reliques, que des sommes folles ont été payées pour les obtenir. L'homme est humain, quelle découverte!, et son histoire, entre l'ombre et la lumière, est faite de chair et de sang! Pour notre part, en avons-nous fini avec la violence, l'injustice et les comportements abusifs? Je ne le pense pas! 

     

     

    Des reliques de la Passion du Christ en particulier 

     

    Certaines sont universellement connues. Le Saint-Suaire de Turin (en fait un linceul!)... La Couronne d’épines, achetée par saint Louis et conservée à Notre-Dame-de-Paris, qui se présente comme un cerceau de « jonc » sans aucune pointe! mais c'est là un signe en faveur de l’authenticité : la couronne d'épine de l’Évangile était vraisemblablement comme un «casque» de feuillage piquant, fixé sur la chevelure au moyen d'un serre-tête végétal... Beaucoup moins connue, la « planchette" de l'INRI ("Titulum Crucis"), gardée avec d'autres importants souvenirs de la Passion dans la trop méconnue basilique romaine de la-Sainte-Croix-en-Jérusalem. Tant d'autres encore, presque complètement oubliées, parmi lesquelles notre Sainte Coiffe de Cahors. 

     

     

    La Sainte Coiffe, sa description, son histoire, son culte 

     

    L'objet se présente comme un bonnet matelassé formé de huit épaisseurs de tissus différents, appliqués et cousus l’un sur l’autre. Plusieurs taches de sang sont visibles, qui correspondraient à celles du Linceul de Turin. Les rites juifs antiques prescrivaient l'emploi d'accessoires funéraires de ce genre, ce qui fait de la coiffe de Cahors un objet particulièrement intéressant et plausible. 

     

    Nous savons que les Evangiles insistent particulièrement sur les linges demeurés dans le tombeau du Christ au matin de Pâques. Considérés par les Apôtres comme les signes de la Résurection, comment imaginer qu'ils n'aient pas été pieusement conservés par la première communauté de Jérsualem, devenant rapidement l'objet d'une sorte de culte? Envoyés aux grands centres chrétiens de l'époque, Antioche, Alexandrie, Rome, Constantinople, en signe de communion ecclésiale, on les retrouve, dans leur entièreté, ou sous formes de fragments, dans l'ensemble du bassin méditerranéen. La Sainte Coiffe aurait été un temps en la possession du calife Haroun Al Rachid ou de l'impératrice Irène de Byzance, deux personnalités dont le point commun est d'avoir été en relation avec Charlemagne, que la tradition assure avoir été le donateur de la précieuse relique à la cathédrale de Cahors. 

     

    En 1119, le pape Calixte II lui consacre  un autel ; c’est la première mention historiquement sûre que nous en ayons. C'est la raison pour laquelle, cela doit être mentionné, beaucoup d'historiens d’aujourd’hui préfèrent penser que la Sainte Coiffe a été rapportée de la première croisade par l’évêque Géraud III de Cardaillac. Dès 1640, face aux premières objections de la critique moderne, un érudit local Marc-Antoine Dominicy est amené à prendre sa défense, en publiant une étude qui sera suivie de plusieurs d'autres, de valeur inégale. 

     

    Au fil de l'histoire et de ses vicissitudes, la Coiffe a été présentée dans plusieurs chasses successives, dont trois sont documentées : celle de 1458, qui a été dérobée par les troupes protestantes d'Henri de Navarre et dont le contenu jeté à la rue fut  recueilli par une fidèle est demeuré un certain temps à Luzech ; celle de 1585, qui n'a pas survécu à la Révolution ; l'actuelle enfin, particulièrement précieuse, qui date du début du XIXème siècle, après que Mgr d’Anglars, l'« évêque constitutionnel du Lot » sauveur de la relique durant les heures sombres de la persécution l’ eut restitué en 1801. 

     

    Actuellement, relique et reliquaire ne sont plus dans leur chapelle - la chapelle axiale - au coeur de la cathédrale. Victimes du scepticisme contemporain, ils ont été relégués dans un recoin du cloître, la chapelle Saint-Gausbert, où il est difficile de les voir et encore plus de prier, car l'endroit est une sorte de dépôt muséal destiné aux touristes. Comme il paraît loin, le temps où la Coiffe, considérée par tous comme la protectrice de la cité, était portée solennellement en procession dans les rues de la ville ! Particulièrement le jour de Pentecôte, où, jusqu'en 1960, l’évêque en faisait une ostension solennelle du haut de la chaire. Une manifestation religieuse et sociale tellement importante qu'au XIIIème siècle des rentes avaient été établies pour aider à l'herbergement et à l'entretien des pèlerins pauvres dont on n'imaginait pas qu'ils puissent renoncer au pèlerinage pour des raisons pécuniaires. En vertu du beau principe que "les pauvres sont la chair du Christ", selon la formule magnifique de saint Louis, et que leur présence est une bénédiction, et leur absence, une insulte faite à Dieu. Une époque barbare, obscurantiste, avez-vous dit? Craignons plutôt que, dans quelques siècles, ce qualificatif serve à juger la nôtre... 

     

    Comme on s'en doute, la Révolution avait aboli la dévotion publique envers la Sainte Coiffe mais celle-ci a repris avec une certaine vigueur dès les premières années du XIXème siècle, même si les processions en ville sont devenues de plus en plus rares. Aux chanoines, gardiens officiels de la relique, avait été associé une confrérie de laïcs, active depuis au moins le XVIIème siècle et qui s'est éteinte à la moitié du XXème. Une dernière procession de la Sainte Coiffe a encore eu lieu en 1940. Faudra-t-il un désastre, une grande frayeur, pour que la Sainte Coiffe revienne dans les rues de la ville ? Ce n’est pas souhaitable mais c'est ainsi que l'homme fonctionne. Dieu est patient, il a tout son temps. Nous, un peu moins. Notre vie est courte... 

     

     

    Pour nous aider dans notre foi et notre vie chrétienne 

     

    Ne demandons pas aux reliques plus qu'elles ne peuvent et veulent donner ! Comme en témoigne le dernier chapitre du Guépard du romancier italien Lampedusa, les plus douteuses ont été éliminées depuis très longtemps par l'Eglise elle-même. Avec parfois même un excès de zèle critique dont l'un des exemples les plus amusants est le cas de sainte Pétronille, fille spirituelle de saint Pierre : déjà, l'Eglise du début de la Renaissance considérait son existence comme suspecte. Mais ne voilà-t-il pas que sa tombe monumentale du IVème siècle, son portrait en pied, avec son nom en toutes lettres, furent mis au jour quand on redécouvrit à Rome la Catacombe de Domitille quelques décennies plus tard! Clin d'oeil de Dieu, dont on pourrait donner de nombreux exemples analogues, et par lesquels périodiquement Il ramène à sa juste mesure l'esprit critique de l'homme qui se croit tout puissant! Il n'est pas rare que la tradition, les coutumes, aient finalement ainsi raison contre l'hypercritique, qui n'est au fond que l'un des visages de l'éternel orgueil de l'homme... 

     

    C'est incontestable : la religion populaire a eu toujours besoin d'être periodiquement verifiée, purifiée, réévangélisée. Mais, dans ces dernières décennies, on a surtout jeté le bébé avec l'eau du bain, avec pour résultat de nombreux dégâts dans le coeur et la foi des fidèles. Ne soyons pas étonnés d'en subir maintenant le terrible contre-coup! Les reliques n'ont jamais été qu'un support privilégié de la dévotion, jamais l'objet de cette dévotion. Nos frères chrétiens byzantins rencontrent le même problème, évidemment avec leurs propres reliques, mais surtout avec leurs icônes, qu'ils doivent défendre depuis 1500 ans contre des excès de type idolâtrique qui, à la faveur des grands chocs sociétaux, reviennent périodiquement perturber le bon usage des images sacrées. Il en va des reliques comme des remèdes : ce n'est pas parce qu'on les utilise mal, ou qu'on en abuse, avec d'inévitables conséquences négatives, qu'il faut les retirer du marché, fermer tous les laboratoires et brûler les pharmacies... Ne riez pas : c'est un peu ce que l'Eglise a fait avec les reliques. Recevons des reliques au moins une leçon : celle de l'humilité. Et la conscience d'appartenir à une famille, l'Eglise, qui comme toutes les familles, a ses limites humaines, ses heures de joies, ses moments plus douloureux. La conscience que nous venons après bien d'autres auxquels des gestes de simple piété n'ont pas fait de mal, fort au contraire. La conscience de n'être que les maillons d'une transmission douce et paisible, qui s'accomode mal des grands excès, en particulier de ce purisme qui est une tentation régulière des individus et des groupes, et dont les effets sont toujours désastreux : le découragement et sa conséquence, le retour au point de départ, quand ce n'est pas pour tomber plus bas encore... Le catholicisme, équilibré, réaliste, "à qui rien de ce qui est humain n'est étranger", comme disait le pape Paul VI, et qui se déploie calmement dans le temps et l'espace depuis 2000 ans, est justement le meilleur rempart contre les excès de ce genre. Soyons joyeusement catholiques et tout ira bien! 

     

    Et en ce qui concerne la relique de Cahors, un dernier souhait : comme pour le Saint- Suaire, mais, instruite par cette première expérience, avec plus d'égards encore, que la communauté scientifique puisse enfin se pencher sérieusement sur cet objet fascinant. L'Eglise ne craint rien, surtout pas la vérité. A cette condition, je ne doute pas que la Sainte Coiffe puisse aujourd'hui encore, et pour longtemps, soutenir la foi du peuple chrétien! 

     

    Abbé M. CAMBON

     

    La Sainte Coiffe à Rocamadour en 1935

     Reliquaire de la Sainte Coiffe ( cathédrale de Cahors)

     

    La Sainte Coiffe à Rocamadour en 1935

    La Sainte Coiffe exposée au milieu des reliques du diocèse ( devant l'autel en bas on reconnaît le reliquaire de saint Amadour)

    La Sainte Coiffe à Rocamadour en 1935

    L'arrivée en procession des reliques majeures du diocèse: le reliquaire de la Sainte Coiffe mais aussi la chasse de bronze des reliques de Saint Amadour...

    La Sainte Coiffe à Rocamadour en 1935

     Le reliquaire de la Sainte Coiffe sur le parvis

     

      

     

     


  • Commentaires

    1
    Soeur Josette
    Samedi 12 Novembre 2016 à 15:53
    Merci, cher Père Michel, de remettre à la disposition du peuple de Dieu ce merveilleux document pour la foi!!
    2
    Frank
    Mercredi 30 Novembre 2016 à 17:42
    Moi j'ai du mal avec les reliques. Mais l'article explique bien. Je comprends un peu mieux. A plus
      • Kolonel
        Mercredi 30 Novembre 2016 à 19:55
        C'est vrai Frank il ne faut pas en faire des objets magiques mais qui n'a jamais touché avec émotion une boucle de cheveux de son bébé même s'il a 40 ans aujourd'hui. .. Sa 1ere dent..
        Une fleur fanée d'un disparu très regretté trouvée dans un livre... les reliques c'est ca
      • Mézières
        Dimanche 4 Décembre 2016 à 15:31
        Comparaison éclairante et juste. Merci Kolonel (?!)
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